Perdre le Nord. Retrouver le Nord.

Exposition à la Galerie Rastoll en mai 2017

Ma boussole photographique m’a indiqué le Nord de Paris.

Après des années à photographier le lointain, mêlant tourisme et découverte photographique,  j’ai voulu me recentrer sur mon environnement quotidien, retrouver le Nord de Paris et sa banlieue, les redécouvrir à travers le prisme photographique, les interpréter au carré, avec mon vocabulaire.

C’est au cours de mes trajets habituels en vélo que j’ai appris à regarder ces quelques kilomètres carrés de béton, de mon 18ème arrondissement à mon travail à Saint-Denis en passant par Saint-Ouen, parfois le long du canal de Saint-Denis, puis vers la Villette et le canal de l’Ourcq, les soirs de concerts, les jours d’exploration.

Au bord des canaux, en musique, je vois les murs changer, des tags en remplaçant d’autres, des heures de travail sur des murs immenses recouverts par d’autres enthousiastes, un mille-feuilles éphémère dont quelques bribes resteront sur pellicule. Et quand le soleil descend, une lumière fauve donne furtivement une couleur de Toscane aux piliers de l’autoroute.

Comme par erreur, par les hasards de la construction, la lumière s’invite entre les tranches de pierre, par des interstices insoupçonnés, illuminant un bout de trottoir, un filet de mur, l’espace de quelques instants. Plus loin, c’est un tunnel de pierre dans l’axe exact du coucher du soleil qui embrase le passage d’une foule sortant du RER.

Dans ce Nord parisien autrefois ouvrier et industrieux, tout change vite. Les abords de l’Ourcq à la Villette se gentrifient, la Grande Blanchisserie de Pantin plus que centenaire n’existe plus que sur pellicule, laissant sa place et ses magnifiques reflets à des immeubles de bureau de verre et d’acier. Par endroit, le long du canal de Saint-Denis, des engins de chantier regardent leurs reflets dans l’eau en attendant de remplir des silos de sable ou de ciment. Porte de Clichy un nouveau quartier sort de terre, enchevêtrement d’immeubles colorés, d’escaliers, de vestiges ferroviaires, d’un jardin au coeur du béton.

La nuit, la Villette est rouge. Encore soulé de musique, les sorties de concert sont lumineuses, on passe de folies en folies comme des insectes dans le halo d’une ampoule. Ce rouge tranche sur le noir de la nuit en attendant de rejoindre la lumière jaunâtre des lampadaires de la rue. Et au hasard d’une allée, la lumière se fait verte pour éclairer une gitane et son flamenco, autre triangle de lumière si loin du précédent.

Découvrons ensemble ce qui n’existe déjà plus. Ensemble, le temps d’une exposition, retrouvons le Nord.

 


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Site mis à jour le
18 août 2019